Destin d’actrice – Ava Gardner

A 33 ans, elle s’installe dans la pire dictature du vieux continent à l’époque : en Espagne. Ce choix restera mystérieux pour une icône de la liberté et d’une vie débridée.

Son enfance et ses débuts

En Caroline du Nord, dévastée par la crise de 29, elle grandit dans une écrasante pauvreté. Dans un contexte très rural, elle vit comme un garçon manqué dans les champs de tabac et de coton, avec un accent à couper au couteau. Elle a déjà une personnalité très singulière.

En 1938, son père meurt, cette jeune fille espiègle, très proche de son père en restera très marquée.

Il avait le don de me rendre unique. Je me sentais en sécurité avec lui.

Ava gardner

Au fil des années, le garçon manqué demeure toujours en elle malgré le fait qu’elle devienne peu à peu une très belle jeune femme. Elle arrive dans le métier d’actrice à New-York via sa soeur qui vit déjà là-bas et elle se fait remarquer car elle est très jolie. L’ami de sa soeur la prend en photo et c’est comme cela qu’elle se fait repérer.

Ava Gardner en début de carrière
Ava Gardner – Source : Gatsby online

A 18 ans, elle a déjà en poche un contrat d’actrice de studio, à la MGM. Elle arborait une beauté hallucinante mais la MGM ne savait pas vraiment quoi faire d’elle. Elle joue des vénus des plages, de belles statues. Puis, peu à peu, ils la transforment et la façonnent selon les standards du cinéma hollywoodien, ce qui n’est pas toujours pour lui plaire.

Je détestais le côté exhibitionniste du métier.

Ava Gardner

Puis rapidement, à 19 ans, elle se marie avec Mickey Rowney, l’acteur le mieux payé d’Hollywood. Leur union tiendra un an. Puis elle divorce et se remarie avec un compositeur de jazz. Grâce à lui, elle se cultive et évolue.

Mais elle a toujours un accent à couper au couteau et elle ne sait pas se déplacer devant une caméra.

Pandora, le point de bascule

Puis vient le film qui fait basculer sa carrière : Pandora, dans lequel elle joue une aventurière.

Pandora d'Albert Lewin avec Ava Gardner et James Mason
Pandora d’Albert Lewin – Ava Gardner et James Mason

Elle tourne en Espagne, à Tossa de Mar, une ville qu’elle adore. Ava électrise les relations. Elle se laisse séduire par un matador et acteur de seconde zone, Mario Cabre. Il était beau mais très lourd.

Puis elle croise la route de Franck Sinatra. Elle était en général assez attirée par des hommes plutôt déjantés, tourmentés. Avec la rencontre de Sinatra, le tournage de Pandora se transforme en vaudeville : le matador dit qu’il va tuer Sinatra s’il approche Ava !

Ava se tient à l’écart d’Hollywood

Hollywood bascule dans l’ère de la sur-médiatisation dans les années 1950. Ava Gardner fuit les Etats-Unis en choisissant des rôles qui lui permettent de s’en échapper au maximum.

Elle tourne dans Mogambo aux côtés de Grace Kelly, où elle joue en pleine jungle kenyane. Et elle se rend compte qu’elle attend un enfant de Sinatra… Et elle avorte sans lui en parler.

Après ce tournage, Ava retourne en Espagne pour retrouver les jours heureux qu’elle avait connu là-bas. Femme brisée, avec un mariage en ruine, elle s’installe à Madrid, dans ce pays alors sous l’emprise d’un régime totalitaire.

Ava Gardner et Grace Kelly dans Mogambo
Ava Gardner et Grace Kelly dans Mogambo

L’Espagne, terre d’accueil d’Ava Gardner

L’Espagne est alors sortie exsangue des années 40 et le général Franco ferme les frontières en prônant l’autarcie. Puis l’Espagne finit quand même par se rapprocher des Etats-Unis et par reprendre les relations diplomatiques.

Franco était un cinéphile invétéré. Il censurait les films mais l’Espagne devient tout de même le premier importateur de films aux Etats-Unis avec des budgets colossaux alloués au cinéma. Et Ava devient une figure principale de la nomenclature locale.

La présence d’Ava Gardner était alors sous la protection des services secrets américains à cause des risques liés à la guerre civile et au franquisme. Elle vit alors comme une princesse dans une Espagne qui meurt de faim et cela lui sera souvent reproché. Il ne se passait pas un jour sans qu’il y ait une fête mondaine à laquelle elle était invitée. Toutes ces soirées finissaient avec du flamenco et bien sûr, beaucoup d’alcool.

Ava Gardner - La maja nue
Ava Gardner – La maja nue

Le son des guitares, des castagnettes, le flamenco. Ava entre dans une frénésie de fêtes sans fin… Elle retrouve son accent populaire et renoue avec son identité de garçon manqué et de fille de la campagne. Elle buvait comme un homme. Pas un seul chauffeur de taxi ne l’a pas ramenée ivre de ses soirées. Elle buvait sans aucune limite.

Ava consomme et se consume. Elle cherche à noyer ses peines dans l’alcool. Elle était torturée par ses relations avec les hommes et avec le monde du cinéma. Avec Sinatra, ils se voient peu, vivent à l’autre bout du monde. Sinatra essaye de la reconquérir mais pour elle, la page est tournée.

Au printemps 1953, elle rencontre Luis Minguel Dominguin, le célèbre torero et Don Juan espagnol. Il était si apprécié qu’il était applaudi quand il marchait dans la rue. Ava a vécu une passion très forte avec lui et cette rencontre a précipité son divorce avec Sinatra. Ava et Luis entrent alors dans les derniers cercles de l’Etat espagnol qui lui résistaient encore. Le régime de Franco est en place, elle ne le critiquait pas, ni ne le contestait. Elle l’ignorait pour se préserver.

Pendant les fêtes de Noël 1953, à Madrid, Sinatra essaye encore de venir chercher Ava mais elle est protégée et il ne la trouve pas. Ava semble heureuse et elle ne choisit désormais que des tournages en Europe pour ne pas s’éloigner de Madrid.

« La comtesse aux pieds nus » est tourné en Italie, telle une allégorie de cette nouvelle Ava. Elle joue alors le personnage de Maria Vargas, qui devient actrice et dont le métier la détruit. Elle vend son âme aux nababs, sa personnalité ne lui appartient plus, un peu comme pour Ava, dont l’histoire lui ressemble.

Ava Gardner atteint le statut de mythe vivant

Sa beauté monopolise le regard. Cela lui permet d’attirer le regard du spectateur et de créer une alchimie avec la caméra. Elle n’est pas aussi douée pour le jeu que d’autres actrices de sa génération mais elle avait une présence exceptionnelle qui lui permettait de réussir quand même.

Les espagnols l’ont accueillie les bras ouverts, sans jugement. Elle faisait ce qu’elle voulait et personne ne lui disait rien. Elle organisait des fêtes à n’en plus finir. La police lui disait de faire moins de bruit et elle leur répondait en insultant le général. Tout lui était pardonné, elle vivait avec une liberté absolue. Néanmoins, la police franquiste la surveillait.

Puis leur ami commun Ernest Hemingway présente un autre torero à Ava. Ava fait alors une chute de cheval qui lui laissera des traces à vie sur le visage.

En 1959, Franco laisse les Etats-Unis installer des bases en Espagne contre des sommes d’argent importantes. Le cinéma fait encore partie de la transaction. Le projet d’un Hollywood franquiste naît comme cela et cherche à concurrencer la Cinecita italienne, en créant des films sur le territoire espagnol avec les fonds bloqués des Etats-Unis.

C’est la période où elle tourne Les 55 jours de Pékin aux côtés de Charlton Eston

55 jours à Pékin avec Ava Gardner et Charlton Eston - "55 days at Peking"
55 jours à Pékin avec Ava Gardner et Charlton Eston

Elle dira des studios d’Hollywood qu’ils ont fait d’elle quelqu’un qu’elle ne reconnaît pas. Depuis sa chute à cheval, elle a une bosse sur la joue. Elle court les chirurgiens pour la dissimuler. Fatigué de ses frasques, la MGM ne renouvelle pas son contrat. Un choc pour la profession mais une libération pour Ava Gardner qui se retrouve enfin libre en tant qu’artiste.

Ava quitte finalement l’Espagne et part à Londres

Elle quitte l’Espagne, un pays où elle n’a jamais payé les impôts. Elle part à Londres en 1967. A l’approche de la cinquantaine, elle doit gérer son tournant de carrière.

Elle boit toujours beaucoup, est devenue un peu acariâtre et embauche pleins de personnel. Elle tourne des séries B, des catastrophes, elle prend tout ce qui passe, tourne parce qu’il faut tourner ou qu’elle a besoin d’argent et lit à peine les scénarios.

Elle tourne son dernier film : « Mayerling » avec Omar Sharif, en Espagne et ne fait un constat très heureux de sa vie.

La femme qui vit en moi a été maltraitée et déçue.

Certes j’ai eu la gloire, l’argent, etc, mais pour le reste, la vie m’a tout refusé.

Ava Gardner

Ava meurt seule à Londres en 1990.
On a de la peine à croire que l’on puisse avoir une vie aussi riche, donner autant de sa personne et finir sa vie si seule…
J’avoue que cette fin de vie m’a attristée et surprise, et pourtant, ce n’est pas la seule icône qui a vécu cela. Comme si la vie leur refusait ce qui crée les fondations d’une vie heureuse en échange de cette gloire.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s