ERA, l’amendement pour l’égalité des droits H/F

Aux Etats-Unis dans les années 1920, des militantes féministes ont proposé l’ERA car elles souhaitaient que soit intégré à la Constitution américaine un texte garantissant l’égalité hommes – femmes.

Déposé une première fois par Alice Paul dans les années 1920, il a ensuite été re-déposé à chaque nouvelle législature du Congrès à partir de 1982. Déclenchant une puissante lutte contraire, cet amendement n’a jamais été ratifié. Il a pourtant donné lieu à des luttes passionnées entre différents groupes d’influences, mettant en avant la division des mentalités et les peurs sociétales liées à l’évolution de la condition féminine.

Les pro-ERA, féministes, prônent l’égalité des genres. Elles demandent principalement à ce que les femmes puissent travailler librement, participant ainsi à la libération des moeurs et à leur émancipation. Dans le camp opposé se trouvent des groupes de femmes conservatrices qui défendent l’héritage culturel du patriarcat : le modèle de famille classique avec un mari qui travaille pour rapporter de l’argent et une femme à la maison qui élève les enfants. Les conservatrices accusent les féministes de vouloir menacer la tranquillité de la société en forçant les femmes à sortir de leurs foyers, ce qui selon elles entraînerait une destruction du pilier aimant et paisible que représente la femme au foyer.

Elles stigmatisent les féministes comme de dangereuses protestataires, masculines, stériles et agressives. Alors que les pro-ERA tentent simplement de donner aux femmes une conscience d’elles-mêmes et une liberté de choix, en les aidant à sortir matériellement de la domination masculine, le mariage étant alors jusque-là le seul espoir de sécurité pour une femme. Les féministes, en tentant de déplacer l’identité de la femme acquise socialement et culturellement depuis des décennies, s’engagent alors dans une lutte fondatrice pour la liberté et l’évolution des droits des femmes.

Début 2020, la Virginie était le dernier Etat nécessaire à la ratification de l’ERA mais des poursuites judiciaires ont encore retardé la procédure. Voyant ce que cet amendement pourrait apporter à la condition féminine, à savoir une garantie pour les femmes de ne plus pouvoir être discriminées en fonction de leur genre, on a du mal à comprendre comment des femmes ont pu s’y opposer. Et pourtant si. La libéralisation des moeurs, l’égalité hommes – femmes, faisait et fait toujours peur, même aux femmes.

Phyllis Schlafly en première ligne du mouvement STOP ERA, on la voit évoluer dans Mrs America, la série disponible sur Canal Plus
STOP ERA, Phyllis Schlafly en première ligne

Une des grandes figures de la lutte contre cet amendement est Phyllis Schlafly. Elle a milité à la tête du mouvement : « STOP ERA » pendant une grande partie de sa vie. La ligne de défense de ce mouvement était que l’ERA retirerait aux femmes les avantages liés à leur genre, leur statut spécial, leurs privilèges et garanties de protection. Donner l’égalité aux femmes reviendrait donc à les mettre en difficulté voire même à menacer leur survie. L’égalité empêcherait les femmes de jouer leur rôle fondamental et naturel au sein de leurs foyers en tant mères et épouses. « STOP ERA » prétend également que l’égalité aurait pour conséquence de contraindre les femmes à s’engager dans l’armée, à aller au front, propos très discuté par le camp adverse, car il fait plus office de propagande que de réalité avérée.

Le discours de « Stop ERA » montre dans quel paradoxe se sont retrouvées les femmes impliquées dans ce mouvement car Phyllis Schlafly, elle-même épouse et mère de trois enfants, a construit sa carrière et s’est épanouie en s’engageant corps et âme dans cette lutte, qui représente bien un travail extérieur à sa vie de famille. Ce combat lui a permis d’avoir accès à une politique au sein d’équipes qu’elle constituait et a même failli lui permettre d’accéder au gouvernement. Elle a donc ressenti le besoin de s’investir dans des activités en dehors de son foyer alors qu’elle luttait pour empêcher les femmes d’acquérir ce droit.

« Stop ERA » montre le paradoxe

dans lequel les femmes se sont retrouvées

dans les années 1970.

Mrs America, la série

Une très belle série a été réalisée sur le thème des luttes générées autour de cet amendement. Elle comporte 9 épisodes et s’appelle Mrs America. On y découvre Cate Blanchett dans le rôle de Phyllis Schlafly et Rose Byrne dans le rôle de Gloria Steinem, son opposante et célèbre activiste féministe.

Gloria Steinem, leader féministe américaine, photo prise par National Geographic, on la voit évoluer dans Mrs America, la série disponible sur Canal Plus
Gloria Steinem, National Geographic

La série met en scène l’ambiance d’un magazine féministe new-yorkais dans les années 1970, le militantisme, les groupes de paroles de femmes et comment certaines figures emblématiques du mouvement telles que Shirley Chisholm, première femme afro-américaine élue au Congrès, vont leur permettre peu à peu de faire entendre leur voix. On voit comment leurs envies de liberté se heurtent aux moeurs de la société de l’époque.

Un des passages les plus intéressants de la série est celui dans lequel les militantes partent assister en groupe à une conférence nationale des femmes d’importance majeure à Houston. Les pro-ERA et leurs opposantes se retrouvent plongées dans les mêmes lieux et soirées pendant quelques jours et on voit de manière édifiante le non-sens d’une partie de cette lutte, car elles se reconnaissent les unes les autres en tant que femmes et se découvrent bien plus de points communs qu’elles ne l’auraient voulu. Suite à cet événement, l’une d’entre elle s’émancipe et change même de camp. A voir et revoir, une série très intéressante.

En gardant néanmoins un peu de recul car dans cet article paru aux Inrocks, Gloria Steinem (la vraie) met les spectateurs en garde contre l’angle adopté dans la série qui donne l’impression que les femmes sont leurs pires ennemies alors que la majorité d’entre elles, selon elles, étaient pour la ratification de l’amendement. Elle regrette aussi que le personnage de Phyllis Schlafly tienne un rôle aussi central dans la série car cela donne l’impression qu’elle a joué un rôle prépondérant dans le fait que l’amendement ne soit pas ratifié alors qu’apparemment, selon elle, les assurances et leur poids financier seraient plus largement en cause. En effet, la ratification aurait entraîné des coûts exponentiels pour eux, les forçant à recalculer tout leurs systèmes de valeurs en séparant les hommes et les femmes. La réalité reste donc à étoffer mais la série reste tout de même un très beau support pour découvrir les fondements de ce débat et l’ambiance de l’Amérique des années 1970.

Aller plus loin sur Wikipédia en cliquant ICI

Madame Le Figaro fait un point sur la situation en 2019

Amoureux des langues et cultures, confiez-moi votre plus belle adresse mail :

Traitement en cours…
Terminé ! Vous figurez dans la liste.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s